Nouveau mémoire
Accueil » Comptabilité » Une transparence tournée vers les investisseurs financiers

Une transparence tournée vers les investisseurs financiers

Une transparence tournée vers les investisseurs financiers

La transparence organisée par les normes IASB est une transparence essentiellement tournée vers les investisseurs financiers et encore, ne concerne-t-elle qu’une petite partie d’entre eux, ceux qui font quotidiennement commerce de titres financiers et sont donc directement intéressés par une valorisation boursière journalière.

Les besoins des autres catégories d’utilisateurs sont ignorés, comme si le rôle des prêteurs était devenu négligeable et comme si les autres créanciers (par exemple les organismes sociaux) n’étaient pas intéressés par la publication des comptes. Que dire des salariés, des fournisseurs, des pouvoirs publics qui, visiblement, ne sont pas considérés par l’IASC comme des destinataires de l’information comptable. Les salariés, les comptables nationaux, les fournisseurs qui, chacun en fonction de ses préoccupations, utilisaient les informations comptables en les retraitant par des méthodes appropriées à leur besoin de connaissance pour ensuite les interpréter dans des analyses spécifiques, risquent fort de ne plus pouvoir le faire ou devront aller chercher dans les entreprises, lorsque ce sera possible, des informations plus détaillées.

On pense plus particulièrement à la détermination de la valeur ajoutée et de sa répartition dont le calcul ne sera plus directement possible à partir des comptes publiés si la ventilation des charges par fonction venait à se substituer à l’actuelle ventilation des charges par nature. Il existe donc un divorce considérable entre la tradition de la normalisation comptable qui s’efforçait de satisfaire les besoins d’information d’une large gamme d’utilisateurs et la philosophie explicite des normes IASC étroitement subordonnée aux « commerçants d’entreprise ». Celle-ci s’oppose même à la logique entrepreneuriale classique, plus tournée vers la satisfaction des marchés de biens et services, de la qualité des produits et de l’harmonie des relations avec les partenaires économiques et sociaux que vers la vente d’actifs supposée rapporter des plus-values. Ainsi apparaît une contradiction entre l’esprit d’entreprise, cher aux dirigeants patronaux, qui a porté le développement du capitalisme industriel des 19 ème et 20 ème siècles et un esprit financier spéculatif dépourvu d’intérêt pour les raisons d’être de l’activité économique.

La prégnance du court terme qui mobilise cet esprit spéculatif s’avère incompatible avec un développement économique qui s’appuie sur la recherche, l’innovation, des investissements sur la longue durée et nécessite d’avoir des objectifs avec un horizon à long terme.

Nombre d’entreprises avec leurs salariés et parfois leurs fournisseurs et sous-traitants ont souvent fait les frais de décisions hâtives, uniquement motivées par la réalisation de gains rapides et qui ont cassé des projets industriels prometteurs.

La référence à la valeur de marché pour les actifs d’entreprise fait apparaître celle-ci non seulement comme une marchandise (presque) comme les autres, mais comme une somme d’éléments détachables à merci, vendables « par appartement », sans que leur organisation sous forme de combinaison complexe soit considérée comme une source de valeur en soi. Elle fait en outre dépendre l’évaluation de référents extérieurs à l’entreprise, sur lesquels les gestionnaires n’ont pas de prise directe ; l’évaluation dépend de l’appréciation autoréférentielle des marchés et non des performances opérationnelles de l’entreprise.

Répondre